Feu du Ciel


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D. F. Von THORFELD

REDSTONE DUKE

 

Feu du ciel

 

 

 

Prologue

 

Pourquoi suis-je ainsi ? Fragile d’apparence et forte de mes choix…

À quoi me sert-il de vivre, si tous les êtres chers à mon cœur disparaissent.

Les taoïstes disent, que l’être libéré du fardeau de la vie est celui qui chevauche son dragon.

Il fallait que je devienne maitresse de mon destin.

À ce moment de ma jeune vie, après la disparition de ma mère, je pleurais celle de mon père tout en me préparant à accueillir ma fin.

 

Fin d’un espoir

 

L’ombre se déplaçait silencieusement. Elle s’approcha du meuble en verre, seule source de lumière du laboratoire.

Elle fit attention en ouvrant la porte. Le froid qui en sortait était intense. Elle échangea un petit flacon de liquide vert étiqueté « Espoir », par un autre en tout point similaire.

Quelques instants plus tard, sans que rien ne témoigne de son passage, elle s’évanouit dans le noir.

Ce matin-là, j’arrivai tôt. J’avais en main un injecteur, un garrot et un antiseptique local.

J’étais déterminée en m’approchant de l’armoire réfrigérée. À travers la vitre j’observai « Espoir ». Après un instant d’hésitation, je me décidai à le prendre.

Je déposai tout sur une des paillasses du laboratoire. J’insérai le flacon dans l’injecteur puis remontai ma manche. Je disposai un lacet élastique au-dessus de mon coude, tapotai ma fosse cubitale et désinfectai ma peau. Je propulsai d’un trait le liquide vert dans la veine saillante de mon bras.

 

 

Le Feu

 

Arrivée à Redstone Duke

 

Il était vingt et une heures trente. Une heure auparavant je quittai le tarmac de l’aéroport Suisse de la ville de Sion. Quelques minutes plus tôt, sur le quai de départ, je prenais congé de Vince, mon garde du corps.

Le train magnétique de l’école sustentait sans bruit sur son rail. Comme un météore, au cœur des Alpes Suisses, il filait sous la roche en direction des Diablerets. J’en étais la seule passagère.

Je regardais mon reflet dans une vitre. Je constatais une fois de plus, que je n’arrivais pas à m’identifier à la toute jeune femme que j’étais devenue.

Il n’était que quatorze heures trente à Chicago. Je ne me souciais pas du décalage horaire, malgré cela, j’aurai sans doute du mal à m’endormir cette nuit.

Les cours de Redstone Duke avaient débutés sans moi en octobre. Il ne restait plus qu’une dizaine de jours avant la fin de cette année 2033. Particulièrement froide et neigeuse, elle soulignait la petite aire glacière, qui sévissait sur les pays de l’hémisphère nord depuis quelques années.

Je consultai ma température. Le terminal entourant mon poignet indiquait trente-neuf degrés huit.

Je n’en avais plus pour très longtemps. Une année tout au plus, avec en bonus, de la souffrance dans les derniers moments de ma vie.

Je ne regrettais rien. J’avais fini par accepter les conséquences qu’entraînait mon échec. J’assumais pleinement ce qui allait être le point final de ma vie. Je le voyais comme le legs de mes erreurs, à celles et ceux qui voudraient poursuivre mes recherches.

Mourir dans l’année de mes dix-huit ans… De mon point de vue, ce n’était pas si mal. Je n’aimais pas ce monde et n’avais aucun ami. Personne ne me regretterait.

Je ne croyais pas en l’amour. À bien y réfléchir, je ne me souvenais pas y avoir cru un jour. Du haut de mes dix-sept ans je ne l’avais jamais rencontré. Pas de déchirement, pas de pleurs, pas de peine pour celui qui aurait pu m’aimer. Mon raisonnement d’adolescente atypique, m’avait amené à conclure que c’était une fin idéale.

Le tunnel semblait interminable. Au travers de la vitre j’en fixais la noirceur.

Je ressentais méthodiquement toutes les secondes qui s’écoulaient. Ma respiration ponctuait mes pensées, ni tristes, ni heureuses. J’éprouvais une familière sensation de solitude. Elle me tenait de nouveau compagnie dans l’espace sans vie de ce voyage sous terre.

Redstone Duke à moins d’une minute, notai-je.

Un éclat blanc de lumière me fit cligner des yeux. Sans que rien ne l’annonce, mon train s’engouffra dans une immense grotte. Je découvris enfin le grand pan de roches alpines tapissé de cristaux rougeoyants.

Quelques secondes plus tard je ressentis la décélération. Elle marquait mon arrivée dans cette nouvelle école pour surdoués.

« Aria Spacel, votre train sera bientôt à quai, » annonça une voix féminine.

La rame s’immobilisa sans bruit. Une douce lumière éclairait l’immense hall taillé dans la pierre.

« Je suis à votre service si vous désirez être guidée. Bienvenue au sein de l’école internationale Redstone Duke. »

Je saisis mon volumineux bagage, en toile de marine épaisse couleur bleu océane, et me dirigeais vers la porte du compartiment qui terminait de s’ouvrir. Finalement, je foulais les dalles en marbre multicolore de ce vaste terminal souterrain.

Il faisait froid. Le faible écho de mes pas révélait ma complète solitude.

« Nous vous prions de suivre l’holo-trace verte qui se dessine au sol. Elle va vous conduire aux ascenseurs de surface. »

Encore cette voix féminine qui résonnait sous l’immense voute minérale.

Je portai mon regard alentour. Rien ne fut en mesure de retenir mon attention.

Je me mis en route, suivant l’holo-marque. Dérisoire ligne de vie, pensai-je.

J’entrai dans le plus proche des cinq grands ascenseurs. L’école se trouvait un kilomètre au dessus de moi.

Je m’adossai à la paroi de métal, laissant doucement glisser de mon épaule la courroie de mon bagage.

Une double porte en verre arrondie se referma, suivie d’un chuintement de pressurisation. La cabine commença son ascension rapide. Cinquante secondes plus tard j’arrivai dans une grande salle de routage.

À cet instant, je savais que j’allais rencontrer pour ma première fois un bio-artificiel humanoïde.

Au travers de la porte de verre qui s’ouvrait doucement, je vis six larges couloirs obscurs irradier en étoile. Je chargeai mon sac et traçai ma route, espérant ne pas le croiser.

Puéril de ma part ! Pensai-je. Ils étaient tous connectés au réseau global de l’école. La machine avait certainement été activée à l’instant de mon arrivée.

Ici il faisait chaud, les couleurs étaient agréables. Le sol ne produisait plus d’écho sous mes pas. L’endroit sentait le neuf.

Je m’attardai sur la signalétique. Tour D.W.Duke… Grand lac… Bois vert… Pôle scientifique… Complexe sportif… Locaux techniques.

« Bonsoir Aria Spacel, puis-je vous aider ? »

La… Chose, venait d’apparaitre du couloir menant à la Tour Duke. Elle avait une voix douce à l’accent indéfinissable. Un mètre soixante-quinze, ma taille, gracieuse dans sa démarche. Un visage absolument parfait encadré par de courts cheveux argentés, de grands yeux mauves. Elle portait une combinaison diaphane qui révélait en murmure des proportions menues mais très féminines.

« Je suppose que vous désirez au plus vite rejoindre votre logement ? Avez-vous fait bon voyage ? »

Elle affichait un sourire impeccable. Ses yeux francs me regardaient.

L’espace d’une seconde, j’évaluai l’intérêt de répondre à cette machine. Après tout pourquoi le ferais-je ? Juste une perte de temps, conclus-je. Je lui tournai le dos.

Je choisis d’emprunter le couloir menant au Bois vert. Autant commencer par ce que j’aimais le plus.

J’entendis ses pas me suivre quelques instants, puis, de nouveau le silence.

Des lumières cristallines s’allumaient devant moi pour s’éteindre après mon passage. J’ajustai mes écouteurs et lançai ma playlist. « Mad World » envahit ma tête.

La musique me permettait de me raccrocher à la vie. Grâce à elle, je parvenais à ressentir des émotions. Elles me différenciaient des artificiels, pensai-je. Pour combien de temps encore ?

Quelques minutes s’étaient écoulées quand j’atteins le fond du corridor.

Un nouvel ascenseur. Ses larges portes de verre, s’ouvrirent en silence dès que j’en fus à quelques mètres. Je m’y engouffrai, déposant une nouvelle fois mon sac de marine au sol.

Je fis face au long couloir redevenu sombre. Vers le fond, je crus apercevoir ses yeux mauves qui me fixaient.

La porte transparente se referma lentement. Sans que je ne sus pourquoi, mon cœur se mit à cogner contre ma poitrine.

De nouveau, un bruit de pressurisation, puis l’ascension rapide des derniers cent cinquante mètres.

Il faisait nuit, quand ma cabine de lumière jailli au milieu d’une clairière ceinturée d’arbres majestueux.

J’avais lu que ces arbres, plantés cinq ans auparavant, avaient bénéficié d’une endo-ectomycorhize expérimentale pour accélérer leur croissance.

La température affichée par mon terminal était celle d’un début de printemps.

Les vingt degrés et une hygrométrie à cinquante-sept pourcents, contrastaient avec l’humidité et le froid extrême qui régnait en dehors du dôme de l’école. Chutes de neige, vents glaçants et solitude de givre dans les vallées.

Le lieu était faiblement éclairé par des luminaires bordant un sentier de terre brune. Une odeur d’humus agréable m’emplissait les sens, j’en goûtais la saveur jusque dans ma bouche.

Je m’engageai lentement dans cet inconnu. Les premières notes de « Working Hour » résonnèrent dans mes oreilles.

Je me retournai brièvement. J’étais proche de la paroi du dôme. Il effectuait depuis sa base une vertigineuse ascension à plus de deux cent mètres de hauteur.

En avançant, je discernai dans la pénombre un bosquet d’arbres nommés Jacaranda, aussi appelés flamboyant bleu. Un peu plus loin, je reconnus à son odeur citronnée et à ses fruits, un grand Orangers des Osages.

Un instant plus tard, je pénétrai sous une épaisse futaie de saules argentés, qui par la suite, laissa place à une haute barrière de peupliers noirs d’Italie.

Je marchais d’un pas léger. Je me sentais régénérée et détendue comme je ne l’avais plus été depuis longtemps.

Au détour du sentier, au travers de la végétation, je perçus un halo brillant.

À présent, je contemplais la grande tour blanche qui se dressait au centre du dôme. Elle le traversait en son centre pour se perdre haute dans les nuages qui l’entouraient.

Elle éclairait alentours comme un phare dans un océan de neige immaculé.

——

Loin, au dessus de la jeune fille, une holocam nichée dans le dôme s’alluma. Une rapide mise au point et l’œil se mit à la suivre. Il détailla en premier ses vêtements.

Jeans, tennis rouges, blouson marron aviateur à col de fourrure. Un puissant zoom cadra son visage d’ange à la peau blanche satinée. La lentille s’arrêta un instant sur le contour de ses lèvres pleines et bien dessinées. Elle remonta le long de son nez fin, puis élargie le champ pour scruter ses yeux gris-bleu clairs et sa chevelure blonde à peine ordonnée.

Un plan plus large la cadra de nouveau. Malgré un air décidé, ses yeux portaient une triste résignation.

Son allure féminine et son apparente fragilité, contrastaient avec une puissance contenue qui émanait de ses mouvements.

L’holocam bascula sur son mode thermique. La jeune fille apparue en rouge sombre. Une analyse rapide de ses échanges hydrique montra une absence anormale de sudation.

L’holocam s’éteignit.

 

 

Les Australiens

 

Deux jeunes garçons, silencieux, étaient assis autour d’une table au 145ème étage de la Duke Tower. Le garçon brun pris soudain la parole.

  • Elle devrait déjà être ici. Le train est arrivé au terminal principal depuis longtemps. En admettant qu’elle soit un peu fatiguée, il ne lui faudra pas plus de dix minutes pour atteindre la tour et cinq minutes de plus pour trouver la chambre.
  • Et donc… ? Impatient de la voir se pointer avec un bagage de sous-vêts, son gel douche madeleine caramel et un coup de foudre pour toi en bandoulière ? répondit flegmatiquement le garçon blond.
  • Hum… Rien de tout ça ta majesté, je m’inquiète simplement pour elle.
  • Que penses-tu qu’il puisse lui arriver…
  • J’oublie encore que nous sommes dans l’environnement le plus sécurisé au monde… Trioxyde de souffre !
  • Ma préférence va à l’ancienne désignation. Anhydride sulfurique, SO3, masse molaire, quatre-vingt virgule zéro soixante-trois plus ou moins zéro virgule zéro, zéro six grammes par mol. Température de fusion seize virgule quatre-vingt-neuf degrés Celsius. Température d’ébullition quarante-cinq degrés Celsius. Masse volumique, un virgule neuf gramme·cm-3… C’est l’édition junior, celle que t’a offerte O’Chan pour tes douze ans…
  • C’est carrément de ton niveau… De plus, tu adores ces vieilles fiches de questions !

Ils restèrent silencieux un long moment.

  • Et si elle avait un vrai profil atypique ?
  • Tu veux parier ?

Ils semblaient tous les deux réfléchir. Le brun se décida à parler.

  • Elle est riche, ses parents sont décédés. Elle n’a peut-être qu’une seule idée en tête : « Comment vais-je dépenser mon argent… »

Encore un silence

  • Possible…
  • Je n’ai pas d’info sur elle. À peine son âge et son patronyme. Quelques articles de presse sur ses parents disparus. Pas de photo… Elle n’a aucun réseau social !
  • Tout comme nous, je te signale…

Silence

  • Toc Toc. Qui est-ce ? lança tranquillement le brun.
  • Hum… Je crains que tu ne t’essayes encore à l’humour.
  • Un gars qui souffre d’un TOC et qui bégaie… Je viens de l’inventer !

Un grand silence s’établit de nouveau.

  • Juste effrayant pour ton âge… Souligna le blond d’une voix trainante.
  • Il y a beaucoup de rumeurs à son sujet. Son père était l’un des plus gros contributeurs de Redstone Duke. Il a donné une somme colossale pour sa construction. Ça fera d’elle, un membre du conseil d’administration de l’école à sa majorité.
  • Ce détail de l’histoire ne m‘intéresse pas ! Ce qui me préoccupe, c’est savoir si elle va être la voisine envahissante que nous allons devoir supporter pendant quatre ans…
  • L’intégrale de Shakespeare !
  • Tu te paies ma tête ? Cette fiche n’existe pas…

Le blond regardait le brun en attendant sa réponse.

  • Au moins six titres. Un petit effort, ta majesté !
  • C’est bien pour te faire plaisir Roméo… et Juliette, Macbeth, Hamlet, Le Roi Lear, Le songe d’une nuit d’été. Hum…
  • Ça ne fait que cinq, tout ça !

Il secoua la tête de gauche à droite en regardant le blond.

  • Laisse-moi une seconde ! j’ai vu une vieille série de films la semaine passée. Un vampire beau gosse avec plein de gel dans ses cheveux. Il aime une humaine et ils font un gosse vers la fin ! hum… Le Marchand de Venise, ça fait six…
  • Ta majesté est passée à deux doigts de son crépuscule !

Long silence

  • Pas mal ton clin d’œil. Tu t’améliores…

« Salut les garçons, » intervint une voix féminine. « La personne qui va compléter votre triade d’étude vient de se présenter à l’accueil. Elle devrait arriver dans moins de cinq minutes. Je vous souhaite une bonne soirée ainsi qu’une agréable collaboration avec elle. »

  • J’ai du mal à me faire à tes interventions Charlotte. Même si ta voix caresse toujours agréablement mes oreilles.

« Mon nom n’est pas Charlotte ! Je tiens à souligner, Allen, que tu as paramétré cette fonction toi-même. Si tu ne désires plus m’entendre, tu sais comment procéder. »

  • Je ne te croyais pas si susceptible, Charlotte ! Qu’en penses-tu Ethan ?
  • Charlotte, tu sais bien que ta douce voix est comme du miel à nos oreilles.

« Merci Ethan ! Je suis sensible à tes marques de sympathie, mais je veux être claire… Tu n’es pas mon type d’homme. »

  • Sympa ton râteau, Ethan… Du jardinage en vue ? Tu préfères les bruns, Charlotte. C’est le signe d’une connaissance éclairée en matière de garçons. Comme tu t’en doutes, je suis disposé à te faire une cour assidue, ma toute belle.

« Très délicat de ta part Allen ! Mais je ne supporterai pas d’être la cause d’une rivalité entre deux jeunes étudiants de Redstone Duke. »

  • Ça mon grand, ça s’appelle une veste… Je t’envierais presque, l’hiver est rude cette année.

Tous les trois se mirent à rire.

 

—–

 

Je venais d’arriver au pied de la D.W.Duke Tower. Je pénétrai dans l’immense hall de ce qui allait être ma demeure pour les quatre prochains mois.

Quelques étudiants de passage me saluèrent de la main. Je remarquai un personnage tapi dans la pénombre. Il me regardait, à moitié caché par un grand pilier. Il s’éclipsa, sans que je n’eus pu voir clairement son visage.

Une fille blonde habillée d’un juste au corps noir s’approchait de moi. Plutôt grande et mignonne, un tantinet filiforme, elle me dévisagea un instant et fini par s’arrêter.

  • Bonsoir ! Tu es nouvelle ? Je ne me souviens pas de t’avoir croisée auparavant. Ton sac… Il est immense ! s’exclama-t-elle. Mon prénom c’est Abi, Abi Cleyton. Je suis de Vancouver.
  • Aria Spacel. Je viens d’arriver de Chicago, répondis-je, intérieurement déprimée par cette rencontre.
  • Ah oui ! j’ai entendu parler de toi. Surtout de ton père, en fait ! Enchantée… As-tu besoin d’aide ?
  • J’aimerai savoir où se trouve ma chambre, et accessoirement… J’ai faim.
  • Facile… Demande à l’artificielle qui est à l’accueil. Là, tu vois ? dit-elle en désignant du doigt un grand bureau ovale au centre du hall. Les restos sont ouverts toute la nuit, il y a aussi des distributeurs automatiques. Si tu n’as pas une grande faim c’est là que je te conseille d’aller.
  • Merci Abi. Je pense que je vais opter pour un distributeur.

Elle m’observait en souriant, attendant que je relance la conversation. N’y tenant plus, elle reprit.

  • Tous les soirs je m’entraine. Le complexe sportif est à dix minutes d’ici. Il y a moins de monde à partir de vingt-deux heures, et surtout un garçon que j’aime bien, soupira-t-elle, rêveuse. Je te conseille d’adopter cet horaire si tu veux faire de l’exercice. Ça nous donnera l’occasion de nous revoir. Mais pas touche à Max ! m’intima-t-elle en riant.
  • Bien… Merci du conseil ! Et pas touche à Max, promis… Souris-je sans conviction.
  • Bienvenue à Redstone Duke ! tu vas adorer. L’ambiance est géniale ! s’exclama-t-elle. Les garçons vont beaucoup t’apprécier, tu es très jolie !
  • Merci pour le compliment mais je ne suis pas intéressée. Je ne suis pas très à l’aise avec ces choses-là.

J’aurais aimé l’être au moins une fois, pensai-je. Mais je n’avais plus de temps pour ça…

  • Tu changeras d’avis, j’en suis sûre ! Bonne soirée, Aria !

Je hochai la tête en la regardant s’éloigner et fini par marmonner.

  • Bonne soirée, Abi.

Je me dirigeai sans enthousiasme vers le bureau où était assise l’artificielle. Elle ressemblait trait pour trait à celle que j’avais croisée dans les sous-sols.

Cette fois, j’allais être obligée de lui parler… Cette idée ne me plaisait toujours pas.

À mon approche, elle afficha un sourire remplis de charme. Elle sembla me reconnaitre.

  • Aria, je suis heureuse de constater que vous avez trouvé votre chemin jusqu’à moi. Puis-je vous aider ?

Je pris une grande respiration et lâchait d’un seul trait ma demande.

  • Je souhaiterai savoir où se trouve ma chambre mais aussi comment me rendre aux distributeurs alimentaires.
  • Votre logement se situe au 145ème étage, porte numéro neuf. Une holo-trace verte vous accompagnera à destination. De la même façon, j’ai programmé votre passage aux distributeurs. Les étudiants avec lesquels vous partagez le salon de votre habitation sont actuellement présents. »

Je la regardai sans vouloir comprendre. Soudain, je fus percutée par ce qu’elle venait de m’annoncer.

  • Je désire être seule ! je n’ai pas l’habitude de… Je préfère être seule. J’aimerai avoir une autre chambre, demandai-je, angoissée.
  • La politique de l’école en matière de relations sociales, promeut une cohabitation harmonieuse entre tous. Ces deux étudiants ont été choisis en fonction de vos affinités culturelles, et parce qu’ils emploient votre langue vernaculaire. Les chambres non occupées, sont déjà attribuées aux étudiants qui vont arriver prochainement. Il m’est impossible de satisfaire à votre demande. Elle me sourit. Souhaitez-vous autre chose, Aria ?

Je dois trimbaler une de ces poisses pour en arriver là, pensai-je, dépitée. J’allais devoir partager mon logement… Mais surtout interagir avec eux !

  • Non, ça ira… Je suppose que je n’ai pas à vous remercier ?
  • Cela n’est pas utile. Les protocoles de politesse ne s’appliquent pas aux artificiels. Mais si vous y tenez, si cela vous fait plaisir ou si votre conditionnement social vous y pousse, je ne vois pas d’objection à ce que vous employiez une de vos formules de bienséance.
  • Dans ce cas… Je, je vous remercie… Hésitai-je tout en m’éloignant.

Pour la première fois de ma vie, je venais de remercier une machine.

À suivre… ( 7 mars 2020 )

Les robots avaient fait une timide apparition depuis quelques années dans les grandes villes, ils ne ressemblaient pas parfaitement aux humains. La bio-artificielle que je venais de quitter n’était pas encore commercialisée. Ces machines étaient les copies parfaites d’êtres humains. Elles maîtrisaient toutes ces expressions complexes que j’avais pu lire sur son visage. Seule la couleur de leurs cheveux et de leurs yeux permettait de les différencier des humains.

Cette rencontre m’avait procuré une sensation désagréable.

Les holo-marques vertes allaient vers le centre évidé du bâtiment. Là, un grand anneau de tubes transparents abritait des ascenseurs en verre. Ils desservaient les étages du gigantesque édifice en ceinturant un grand pilier central, dont les arborescences semblaient donner une cohésion à l’ensemble de la structure.

Premier arrêt au troisième niveau. Quelques pas en suivant la trace au sol m’amenèrent à une suite de distributeurs. Je portai mon choix sur une barre protéinée en la désignant du doigt. Elle me fut automatiquement présentée, sans qu’il n’y eu aucune demande de paiement.

J’engloutis mon repas en reprenant l’ascenseur.

À présent, Il fonçait en direction du sommet. Le plancher de verre donnait la mesure de la hauteur que j’étais en train de prendre. En levant la tête, je remarquai l’absence de câble.

Quelques étages plus hauts, dans le même tube, une autre cabine me précédait. Cette technologie équipait les grands édifices depuis ces cinq dernières années. Une intelligence artificielle gérait le dispositif, fournissant à la demande de nouvelles cabines, tout en optimisant les déplacements.

À mi-parcours, mon auto-cabine effectua une translation à quatre-vingt-dix degrés en direction du nord-est pour rejoindre un autre tube, puis reprit son ascension.

Cinq cent cinquante-cinq mètres plus haut, la porte s’ouvrit. À quelques mètres, en face de moi, je vis l’entrée de mon logement. Le chiffre neuf était gravé dans le bois couleur prune de la porte.

Je traversai le large couloir circulaire et passai ma main devant le pod d’ouverture. Le panneau coulissa sans bruit.

Le seuil me sembla un instant infranchissable. Après de longues secondes d’indécision, je fis une discrète entrée dans l’inconnu.

Derrière moi, la porte se referma doucement.

Quand nous nous découvrîmes, je lus de l’étonnement sur leurs visages. Les garçons restèrent un instant muets.

  • Salut Aria, je suis Ethan Conley, m’annonça-t-il en se levant de son siège. Sois la bienvenue.
  • Bonsoir Aria, Allen Wade, content de te rencontrer.
  • Bonsoir… Je tentai de sourire tout en essayant de masquer mon trouble. Aria Spacel. Mais… Je constate que vous êtes déjà au courant !

Je détaillai la grande pièce dans laquelle nous étions. Des spots lumière du jour, quelques cadres holo-numériques, une table en verre, trois sièges et deux sofas définissaient le coin salon. Une large bibliothèque occupait une partie du mur gauche. Un holoprojecteur diffusait des vidéos de paysages de plages de sable, des dizaines de surfeurs filles et garçons glissaient sur des vagues impressionnantes. Mon regard s’attarda sur deux didgeridoo callés dans un coin.  Dans le fond, trois portes fermées. Sans doute les chambres, présumai-je.

Mes yeux finirent par se poser de nouveau sur les garçons. Debout, ils me dévisageaient sans rien dire.

L’un était brun, très viril. Ses yeux noirs brillaient sur un visage d’une harmonieuse beauté. Je m’attardai sur sa bouche sensuelle qui aurait donné envie à beaucoup de femmes d’être embrassées. L’autre était châtain clair. Des yeux d’un incroyable bleu azur, un visage symétrique et bien dessiné. De hautes pommettes magnifiaient son regard en lui donnant une intensité troublante. Tous deux grands, ils paraissaient très sportifs.

Je les trouvais incroyablement séduisants.

J’étais bouleversée par la relation que je percevais intuitivement, et qui semblait fortement les lier l’un à l’autre.

  • Puis-je t’aider en te débarrassant de ton sac, Aria ?
  • Non, merci Allen !
  • Permets-moi d’insister…

J’attrapai d’une main la courroie accrochée à mon épaule. Je la lui présentai. Il s’approcha, la saisit, et fut surpris par le poids au point d’avoir du mal à le soutenir.

À contrecœur Il déposa mon bagage à terre.

  • Que transportes-tu, demanda-t-il, un brin vexé, en soulevant un sourcil coquin.
  • Essentiellement des livres… J’en suis amoureuse.
  • Amoureuse ?
  • Oui… J’éprouve un grand plaisir à toucher une belle couverture, j’affectionne le travail soigné d’une jolie reliure… Je les aime parce qu’ils m’offrent la possibilité d’une note crayonnée dans la marge. Ce sont des symboles de vie, des témoins sans voix qui attestent l’existence de ceux qui les ont écrits. Ils font vivre un lieu juste par leur présence.

J’ai parfois l’impression que nous dématérialisons notre monde au point qu’un jour nous en disparaitrons nous-mêmes.

Les deux garçons restèrent silencieux quelques secondes.

  • Je n’avais jamais entendu quelqu’un parler de livres avec autant de cœur, me sourit-il sans détourner ses yeux des miens. Mais… Comment fais-tu pour te balader avec un tel poids sur toi ?
  • Sans doute l’habitude de voyager avec toute ma vie sur l’épaule.

Ethan me regardait. Je crus surprendre une pointe de jalousie dans son attitude.

  • Je suppose que tu dois être fatiguée par ton voyage ? Nous nous sommes installés ici il y a quelque temps déjà. Je suis au regret de te dire que tu n’auras pas le choix de ta chambre. Nous occupons celle de droite et celle de gauche. En conséquence, il reste celle du milieu. Les robots de service ont déjà installé tes affaires. Toutes les pièces sont parfaitement insonorisées. Les portes des chambres ne s’ouvrent que pour leurs occupants, mais tu es en mesure d’autoriser ceux que tu auras choisi à y accéder. Ici, le vol n’existe pas comme tu dois le savoir. L’intelligence artificielle en charge de l’école veille à ce que tout se passe bien.
  • Merci… Ethan. Je pense qu’il va me falloir apprendre pas mal de choses !
  • Tu peux compter sur nous pour t’aider, Aria. Ethan et moi sommes à ta disposition.
  • Merci… Allen.

À mon grand étonnement, j’étais déstabilisée par leur simple présence.

  • Je vous souhaite… Une… Bonne nuit… bredouillai-je.

Le rouge aux joues, je saisis d’une main la courroie de mon grand sac, qui s’envola pour rejoindre mon épaule. Je disparus dans ma chambre.

Sans aucun bruit, ma porte se referma.

« Je compte sur vous, pour manifester à cette jeune personne toute votre prévenance, votre attention et surtout… Votre délicatesse ! »

  • Cela va sans dire Charlotte. répondit Allen, un tantinet rêveur. Une vraie beauté ! Qu’en penses-tu, Ethan ?
  • La même chose que toi… Exceptionnellement attirante.

 

—–

 

Je peinais encore à admettre que ces deux garçons venaient de me toucher au-delà de tout ce que j’aurais pu imaginer.

Je retrouvais dans cette chambre spacieuse, toutes mes affaires expédiées depuis les Etats-Unis. Mon grand lit en bois, ma table et ma chaise de travail. Une commode Combret surmontée d’un plateau en marbre rouge et blanc, chinée dans une boutique de Roscoe Village à Chicago. Un fauteuil de lecture en tissu gris et la petite table où je posais mon livre du moment, côtoyaient la grande baie vitrée. Mes trois malles de vêtements reposaient sur le sol dans un coin de la pièce.

Je m’approchai de la grande façade en verre donnant sur l’extérieur. Il n’y avait pratiquement rien à voir tant l’obscurité qui régnait au dehors était grande. Loin en contrebas, je devinai le dôme faiblement éclairé par la luminescence du gratte-ciel.

Je fus prise d’un vertige tellement cette situation m’était inhabituelle. Je ne trouvais aucun repère sur lequel mon regard puisse se poser. J’avais déjà vécu dans de hauts édifices, bien plus hauts que celui-ci. En cette heure de la nuit ils baignaient dans une débauche de lumières, au sein de villes dont ils occupaient souvent la position centrale. Ici, tout me semblait froid, tout était noir. J’étais si loin de chez moi. Pourquoi étais-je venue là, alors que j’aurais pu passer les derniers moments de ma vie, à visiter des lieux bien plus accueillants… Sans doute une façon d’honorer la mémoire de mon père. Il avait été un fervent promoteur de cette aventure humaine sans précédent. Il souhaitait par-dessus tout que j’étudie à Redstone Duke.

  • Voilà Papa, j’y suis et tu n’es plus là. J’espère que tu me vois de là où tu es. Je n’ai plus très longtemps à attendre pour te rejoindre.

L’holocam de la chambre s’attarda sur les larmes de la jeune fille.

« Tout va bien, Aria ? » s’inquiéta une voix féminine.

  • Qui est-ce ? demandai-je, en regardant autour de moi.

« Je suis, comment dire… Charlotte si cela te convient, c’est ainsi qu’Allen et Ethan m’ont baptisé à leur arrivée »

  • Tu es l’IA de l’école ?

« Tu as deviné. Je suis chargée de la gestion de ce site, sous la supervision de l’équipe professorale actuellement très réduite et du conseil d’administration. Si tu me permets cette image, j’ai la main sur l’ensemble des fonctions automatiques ainsi que sur les systèmes électromécaniques et biomécaniques de l’école.»

  • Pourquoi ce prénom, Charlotte ?

« Ils ont dit que ma voix sonnait comme celle d’une de leurs connaissances qui le portait. Je suppose qu’il est plus pratique pour vous, de pouvoir identifier un facteur inconnu à un engramme cognitif familier. »

  • Je vais bien, merci de te soucier de moi… Charlotte. Je suis encore un peu secouée par la disparition de mon père.

Je séchai mes larmes d’un revers de main.

« Je m’inquiète pour toi, Aria. Ta température corporelle est de trois degrés supérieure à celle d’une jeune femme en bonne santé. Je détecte une activité hormonale très inhabituelle chez une personne de ton âge et de ton sexe. De plus, un scan par résonance, m’indique que ton facteur de charge myotatique est très au-dessus des maximums rencontrés chez les sportifs de haut niveau. Je ne puis quantifier exactement le potentiel de ton palier haut, mais les données que j’ai acquises m’indiquent qu’il n’aurait virtuellement aucune limite. Comment l’expliques-tu ? »

  • Je suppose que tes protocoles d’astreintes suivent les lois de la robotique, Charlotte ?

« C’est exact, Aria. »

  • Dans ce cas, je te demande de ne communiquer ces informations à personne.

« Ta demande est illogique. Quoi qu’il en soit, je satisferais à ta requête aussi longtemps que ta survie ne sera pas compromise. Au-delà de cette limite, je serai obligée d’en informer l’unité médicale et le doyen de l’école. J’espère que tu comprends ? »

  • J’ai bien compris, Charlotte. Tout va bien. Je suis juste comme ça. C’est sans doute un de mes caractères génétiques acquis, je m’en accommode parfaitement… S’il-te-plaît Charlotte, parle-moi des garçons.

« Je ne suis pas en mesure de révéler quoi que ce soit sur leur vie privée, Aria. Ces données sont strictement confidentielles. Si tu obtiens leur accord, à ce moment je pourrai te répondre. D’un point de vue tout à fait public, ils jouissent d’une bonne réputation. Ils sont appréciés par les autres étudiants pour leurs qualités de cœur mais se tiennent toujours un peu à l’écart des mondanités. »

Je ressentais une forte envie de tout connaitre d’eux. J’étais dépitée par cette réponse et regrettais que l’IA ne soit pas en mesure de m’en dire plus. D’un autre coté, j’étais rassurée de savoir qu’elle ne parlerait pas de ce qu’elle venait de découvrir à mon sujet.

  • Merci pour cette conversation, Charlotte. Je vais essayer de dormir, malgré qu’il ne soit que dix-sept heures temps de Chicago. Mes rythmes ne sont pas encore réglés sur le fuseau horaire de la Suisse. Dans quelques jours ça devrait aller !

« Bonne nuit, Aria. »

  • Merci, Charlotte !

J’utilisais la petite salle de bains de ma chambre, puis me couchais dans des draps frais.

Je peinais à m’endormir, revoyant l’ensemble de mon voyage depuis les Etats-Unis, jusqu’à mon arrivée sur le campus. Je fini par évoquer la rencontre de mes compagnons d’habitation, dont les visages marquaient mes pensées plus que je ne l’aurais voulu.

Un peu plus tard, je sombrai dans un sommeil profond où je retrouvai mes rêves de solitude.

 

Premier jour sous le dôme

 

J’ouvris un œil. La clarté s’insinuait lentement dans la chambre, mettant progressivement en relief les objets. J’observai un moment ce changement dans la perception de mon environnement.

Un rapide passage par la salle de bains, puis je me mis à fouiller vivement dans mon grand sac. J’en sortis des vêtements propres. J’enfilai en toute hâte un jeans, un tee-shirt pêche et un sweatshirt blanc à capuche.

Je viderai mes malles ce soir, décidai-je. Pour l’instant, ce qui m’importait, c’était de faire plus ample connaissance avec les deux garçons. Je fus surprise par cette envie d’adolescente, qui me poussait irrésistiblement vers quelque chose que je n’avais jamais connu.

Un pâle soleil perça difficilement au travers des nuages. Il éclaira un instant ma chambre, pour disparaitre aussi vite qu’il était venu.

Après un dernier examen rapide dans la glace, je déboulai dans le salon un sourire aux lèvres. Personne. J’écoutai. Je dus me rendre à l’évidence, l’insonorisation des chambres ne me permettrait pas de savoir si les garçons étaient encore là.

  • Charlotte ?

« Bonjour Aria.

  • Peux-tu me dire où sont Allen et Ethan ?

« Ils ont quitté les lieux il y a exactement neuf minutes et trente-deux secondes. Ils se trouvent actuellement au troisième étage en train de prendre leur petit déjeuner. Ils auront fini dans moins de six minutes. Comme à leur habitude, ils ne traineront pas et se rendront en salle d’enseignement. »

  • Combien de temps pour les rejoindre ?

« Quatre minutes dix-huit secondes, à partir du moment où tu franchiras le seuil de la porte. Je viens de programmer une auto-cabine qui arrivera à ton étage dans sept secondes. J’ai initié une  holo-trace violette au sol. Elle te conduira directement à leur table. »

  • Merci Charlotte, tu es formidable ! dis-je en fonçant vers la porte.

« Dois-je en déduire que tu es… » Entendis-je en sortant de l’appartement.

Au même instant, je vis l’auto-cabine arriver à toute vitesse. Elle s’ouvrit pendant que je m’y engouffrai.

« Aria, je disais que… »

  • Pas la peine Charlotte, l’interrompis-je, j’avais compris… Je ne sais pas, on verra bien. J’ai juste envie de les voir. Pas un mot sur tout ça, je compte sur toi !

« Si tu veux dire par là, pas un mot sur ton comportement immature… Je comprends. Si j’étais à ta place, je pense que je serais morte de honte ! »

  • Merci, répondis-je, sans avoir vraiment compris ce qu’elle venait de me dire et sans non plus avoir réfléchi à ma réponse.

Je pris soudainement conscience de mon attitude. Je tentai de me calmer. Impossible… Je regardais les étages qui défilaient rapidement. Pas assez vite, remarquai-je. Ils allaient finir de petit-déjeuner. J’allais me retrouver encore solitaire devant un thé et des tartines.

Arrivée au troisième, je n’étais plus toute seule. Des centaines de jeunes gens se pressaient devant les ascenseurs. Le grand couloir menant à la cafétéria de l’école était bondé.

Poussez-vous de ma trace mauve, hurlai-je dans ma tête. J’avais du mal à la voir à plus d’un mètre.

Usant généreusement de mes coudes et de pas de côté rapides, j’arrivai dans une cafétéria noire de monde. La trace allait sur la droite. Je les vis à une quinzaine de mètres, encore assis. Allen avalait la dernière bouchée de son croissant, Ethan semblait terminer sa boisson vu l’angle d’inclinaison de sa tasse.

Je glissai vers eux de la façon la plus naturelle que je puisse imiter, dans cette course totalement insensée. À quelques mètres, l’air de rien, je repris une progression plus mesurée.

  • Bonjour ! lançai-je avec mon plus beau sourire.
  • Bonjour Aria, répondit un Ethan flegmatique.
  • Bonjour, sourit Allen.
  • Il est temps d’y aller, déclara Ethan, Salut Aria.
  • Ok c’est parti, bonne journée Aria !

Déçue, je les regardais s’éloigner de la table avec leurs plateaux vides. Ils disparurent dans la foule compacte qui se pressait vers les sorties.

Vexée, je les traitais de tous les noms en me dirigeant vers les distributeurs. Je commandai un thé allongé ainsi que deux tranches de pain baguette avec du beurre et de la confiture.

Un plateau m’arriva directement dans les mains, sans que je n’aie eu encore une fois de contact avec qui que ce soit. Il fallait que ça change, me promis-je en rejoignant une table.

Bonne journée Aria… Salut Aria… Je ne cessais d’entendre cette conclusion désinvolte à nos retrouvailles matinales. D’une banalité à faire douter n’importe quelle fille de son pouvoir de séduction. Une triade d’études… C’est ce que m’avait dit l’artificielle de l’accueil ! Je terminai mon petit déjeuner en ressassant cette « Bonne journée » et ce « Salut Aria ».

  • Puis-je m’asseoir ?

Je levai les yeux pour découvrir un grand type brun aux cheveux longs. Il tenait dans une main un gobelet de café. Il me tendit l’autre accompagnée d’un sourire.

  • Byron Alastor. Aria, je présume ?

Je commençais à croire que tous ceux qui s’adressaient à moi savaient qui j’étais. Ses grands yeux sombres me scrutaient, cherchant à lire mes réactions. J’ignorai cette main tendue vers moi. Je lui donnai une réponse froide et sibylline pour qu’il comprenne que je n’étais pas d’humeur.

  • Non, oui…
  • Un mauvais début de journée ?
  • Ça changerait quoi à la tienne si c’était le cas ?
  • Eh bien… j’espérais te rencontrer dans de meilleures conditions. Je vais te laisser tranquille… Bonne journée Aria.
  • Non ne pars pas ! excuse-moi. Tu peux t’asseoir si tu veux, me ravisai-je un peu confuse.

Je pris soudain conscience qu’enfin quelqu’un s’intéressait à moi.

Je ne sais plus trop qui m’a dit un jour « jamais deux sans trois, » je détestais cette adage… Autant discuter avec quelqu’un, même si ce n’était pas lui que j’aurais aimé avoir à ma table.

Il était bien fait de sa personne, sans être aussi beau qu’Ethan ou Allen. Ses habits sombres et bien coupés accentuaient la noirceur de ses cheveux et de ses yeux. Un « je ne sais quoi » chez lui me mis fortement mal à l’aise.

  • Depuis quelques jours, je pensais que tu ne viendrais plus. Nous sommes déjà en décembre, je désespérais de te voir.
  • C’est très gentil de ta part, Byron, mais je ne comprends pas ! En quoi est-il important pour toi de me rencontrer ?
  • Ton père, était un ami très proche de feu David William Duke, le créateur de l’IA de cette école. La rumeur dit qu’il a participé à sa conception, en mettant à contribution ses compétences en matière d’ingénierie de stockage de données. Il semble qu’il ait utilisé l’eau comme support universel.
  • Mon père ne m’a jamais fait de confidences. Tout ce que je sais, c’est que cette école comptait beaucoup pour lui. Ce que tu viens de me dire n’est donc pas impossible. Désolée de ne pas pouvoir te renseigner.
  • Ça ne fait rien, l’essentiel c’est que l’école soit ouverte…

Je notai que malgré son détachement, il était en quête de bien plus que ce qu’il ne laissait paraitre. Encore une fois, ce sentiment de malaise apparut.

Il sourit et passa très naturellement à un autre sujet.

  • Tu te plais à Redstone Duke ?
  • Je ne suis ici que depuis hier soir, encore trop tôt pour répondre à ta question. Pour l’instant c’est plutôt cool !

Si je passe sur le « Salut Aria » et la « Bonne journée Aria » de tout à l’heure, pensai-je.

  • Bien, je te prie de m’excuser, je dois prendre congé. Dans pas très longtemps le doyen prononcera son discours de milieu de semestre. Tu as échappé à son réquisitoire de bienvenue. Barbant au possible…
  • Ah ! je n’étais pas au courant. Comment faire pour me tenir informée des évènements de l’école ?
  • C’est très simple, il suffit de synchroniser ton terminal avec l’agenda de l’administration. Tu seras informée en temps réel de tout ce qu’il s’y passe. Il y a aussi plusieurs bulletins journaliers, mis en ligne par des étudiants. Le meilleur, c’est bien sur le mien !
  • Il a un nom ?
  • Ombres sous le dôme.
  • Quel drôle de nom ! tu écris quoi dans ce bulletin ?
  • La vie dans l’école, ses petits secrets, ses amours brisés, les ambitions de tout un chacun. Je traite aussi de sujets particuliers plus ou moins underground.
  • Comment ça, underground ?
  • Redstone Duke est peuplée de cerveaux aussi tordus que brillants. Tu apprendras vite qu’ici la vie n’est pas si « sous contrôle », fit-il en mimant des guillemets avec ses doigts.
  • Merci pour l’info.
  • Merci pour cette conversation.

Il quitta ma table, en laissant son gobelet de café encore plein sans en avoir bu la moindre goutte. Un café prétexte, notai-je, pas rassurée sur ses véritables intentions.

Je grimaçai. Un étrange garçon, deux autres qui me traitent en copine à qui on n’a pas grand-chose à raconter ! Bon début Aria…

Il avait dit terminal, synchroniser, agenda… Voyons voir ce que ça donne !

  • Recherche agenda administration, dis-je en direction de mon bracelet.

« Agenda administration disponible, » m’informa mon terminal.

  • Synchronisation avec mon agenda.

« Synchronisation en cours. »

  • Recherche des bulletins et blogs disponibles.

« Mille sept cent soixante-dix blogs locaux, quinze bulletins journaliers, quatre-vingt-sept bulletins mensuels. »

Ça faisait beaucoup trop d’informations pour que je puisse toutes les parcourir.

  • Sélection selon critères ! Blogs et bulletins les plus suivis.

« Onze blogs recueillent soixante-dix-neuf pourcents des consultations, quatre-vingt-seize pourcents des étudiants sont abonnés aux deux mêmes bulletins. »

  • Abonne-moi à ces deux bulletins. Tri thématique des onze blogs.

« Abonnement réalisé aux bulletins « Ombres sous le dôme » et « RSD News ». Neuf blogs de sciences appliquées, un traitant d’arts et de technologies, un blog politique, un blog amours et relations. »

  • Blog amours et relations dans mes favoris.

Pour l’instant au diable les dix autres, pensai-je.

« Confirmation de l’exécution des requêtes. Lecture des deux bulletins et du blog à disposition. »

  • Affichage du blog.

« RSD. La sentinelle du cœur ». Le titre racoleur du site clignotait en caractères manuscrits dorés. Je détaillai les différentes rubriques. Qui avec qui ; Séparations ; Billets des cœurs ; Popularité amoureuse. Cette dernière rubrique attira mon attention. Je décidai de la sélectionner manuellement, soucieuse que quelqu’un put m’entendre le formuler à haute voix.

La rubrique affichait un choix, filles ou garçons. Je sélectionnai garçons. Deux photos arrivèrent en tête, c’était Allen et Ethan. Plus de quatre-vingt dix pourcents des filles de l’école avaient cliqué sur le cœur de leur fiche. Je fulminais. Pathétique, conclus-je dans un haut le cœur. Je renonçai vite à mon intention de lire les commentaires qui collaient à leur profil. Il y en avait plus de dix mille… Écœurant !

Je passai à la rubrique filles. Des noms et des visages inconnus s’affichèrent. Aucun intérêt… Je lançai une recherche.

  • Aria Spacel, dis-je à voix haute.

Mon nom et prénom apparurent. Pas de photo, pas de cœur, pas de commentaire, le vide absolu collait à ma fiche.

  • Fermeture blog, ordonnai-je.

Alors comme ça, messieurs « Salut et Bonne journée » étaient les deux bourreaux des cœurs de l’école ! Décidément ma journée ne pouvait pas plus mal commencer.

À suivre… ( 14 mars 2020 )

J’allais me rendre à l’extérieur, quand l’agenda de mon terminal annonça le discours du doyen de l’école. Il serait bientôt retransmis dans les salles de conférences.

  • Temps restant avant début du discours ? Durée du discours ?

« Début à moins trois minutes. Estimation durée moins de cinq minutes. »

Je ne connaissais pas le doyen, ces cinq minutes me parurent très raisonnables.

  • Affichage de la salle de conférence la plus proche.

« Un étage au-dessus. »

Je m’y rendis rapidement. J’entrai dans une grande pièce archibondée. Je repérai un siège encore vacant très loin devant moi.

Je me décidai à rester debout. L’instant d’après, l’holoprojection d’une personne en costume clair apparut sur scène.

  • Bonjour, chers étudiants de Redstone Duke. Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis Richard Steinart, et j’assume la fonction de doyen. Il fit une pause en souriant. Rassurez-vous, je serai bref, et je l’espère pour vous, intéressant, sourit-il de nouveau.

Il semblait avoir la soixantaine. Coupe de cheveux courte sur un visage osseux, surmontant un corps dépourvu de toute graisse.

  • Depuis presque trois mois, vous avez intégré le cursus de l’école Redstone Duke. À ce jour, quatre-vingt-dix-huit pourcents d’entre vous ont parfaitement maitrisé la technologie de syntonisation synaptique, qui supporte l’ensemble de l’enseignement théorique que nous proposons. En ce qui concerne les deux pourcents restants, des mises à jour ont été réalisées. Leurs particularités neurales sont désormais prises en compte. Comme vous le savez, Redstone Duke bénéficie dans tous les domaines des dernières technologies disponibles. Pour exemple, je vous rappellerai que nous employons l’une des premières vraies intelligences artificielles, capable de toutes les habiletés humaines en matière de cognition. Son système de stockage de données révolutionnaire, nous a permis de conserver l’ensemble des connaissances passées de la civilisation humaine, ainsi que les mises à jour quotidiennes en provenance du monde entier.

 « Elle s’appelle Charlotte ! » pensai-je, amusée.

Je reportais mon attention sur son discours

  • … Une société ne doit en aucun cas être servit, mais doit avoir pour priorité de servir la vie. Dans vos sessions d’enseignements vous n’êtes pas nourris de connaissances choisies par d’autres, mais uniquement par ce que vous souhaitez apprendre. Vous êtes tous des êtres uniques, vos choix et seulement ceux-ci sont pris en compte. Vous êtes en mesure de réfuter à tout moment ce qui vous est proposé, mais aussi d’enrichir et de faire évoluer cette connaissance. Vous êtes des pionniers. Ce que vous réalisez ici participera à la fondation de l’enseignement du futur. Enfin, je souhaiterai saluer l’arrivée de la trois millième étudiante de notre première promotion. Elle se nomme Aria Spacel. Son père fut un de nos généreux donateurs privés.

Un écran tridimensionnel s’éclaira sur le devant de la salle, je me vis debout dans le fond. J’essayai de reculer pour disparaitre mais l’holovidéo-cam suivit mon déplacement et zooma sur mon visage.

  • Bienvenue à Redstone Duke, Aria ! Je souhaite à chacun de nos étudiants une belle journée.

L’hologramme du doyen disparut. L’écran où j’apparaissais aux yeux de tous était encore en fonction.

« Tu n’as plus qu’à sourire, » me dis-je. Ce que je fis aussitôt, en affichant un magnifique rictus figé par le stress.

Des centaines d’étudiants se levaient de leurs sièges. La plupart avaient les yeux fixés sur moi.

« Vous avez reçu des cœurs sur votre page « RSD La sentinelle du cœur, » section popularité amoureuse, » m’informa mon terminal.

Toujours figée dans un sourire qui commençait malgré tout à couler, je jetai un coup d’œil sur mon profil.

La page affichait une photo de moi où mes dents apparaissaient en première ligne. Le compteur des cœurs enregistrait déjà des admirateurs.

Je mis fin à la connexion, le rouge me montait aux joues.

  • Bonjour Aria, fit une voix enjouée à côté de moi.

C’était Abi Clayton. Elle semblait d’humeur joviale, à la façon de celles qui sont comme ça juste parce qu’elles ne peuvent pas être autrement.

  • Bonjour Abi !
  • Comment se passe cette première journée ?
  • Pas trop mal, si je ne pense pas aux trois mois de retard que je vais devoir rattraper… Mes compagnons d’habitation sont sympas, quoiqu’un peu surprenants de mon point de vue, dis-je en tordant légèrement ma bouche.
  • Deux garçons ?
  • Oui ! pourquoi ?
  • Je suis furieusement jalouse… Je loge avec deux filles. Elles sont sympas, ce n’est pas le problème ! Mais je… Enfin tu comprends quoi… J’aurai apprécié une compagnie un peu plus masculine et…
  • Il faut que je m’inscrive aux cours de l’école, la coupai-je.
  • Bon… Tu vas m’accompagner, je dois y aller aussi. Tu vas voir c’est génial ! as-tu déjà suivi un processus de syntonisation mémorielle ?
  • Non, jamais.

L’idée me rebutait totalement. Je n’avais pas envie que quelqu’un aille fouiller dans mon cerveau.

  • Tu as peur !

Elle semblait avoir deviné mon trouble.

  • Non, pas vraiment peur, juste pas envie de me faire envahir le cerveau.
  • Ce n’est pas comme ça que ça marche, en fait c’est tout le contraire. Ils te l’expliqueront mieux que moi. Viens, tu es toujours à temps de refuser !
  • Ok, Allons voir… Ça me semble différent de ce que j’avais imaginé. Je ne connais pas le principe de cette syntonisation. Depuis le décès de mon père, je ne suis plus intéressée par grand chose.
  • Contente que tu m’accompagnes, Aria, se confia-t-elle en me prenant affectueusement par les épaules. Mes condoléances pour ton père.
  • .. Où faut-il aller ? Je n’ai pas encore eu le temps de faire le tour de l’école et il n’y a aucun plan de Redstone Duke. Sais-tu pourquoi ?
  • Sortons, je t’expliquerai en chemin.

Je notais qu’elle me regardait du coin de l’œil, un peu inquiète.

  • Tu as de la fièvre, Aria ?
  • Oui… Je sais… Mais en fait non, je suis comme ça, c’est tout.

Elle sembla se contenter de mon explication.

Nous prîmes une auto-cabine pour rejoindre le rez-de-chaussée. Une fois dehors, Abi emprunta un large chemin très fréquenté, bordé par une courte végétation.

  • Tu as manqué le discours de bienvenue du doyen, Aria. Il était plutôt long et ennuyeux.
  • A-t-il expliqué pourquoi si peu d’informations étaient disponibles sur l’école ?
  • Oui, les donateurs ont tenu à protéger les étudiants.
  • J’ai lu que notre école avait un statut d’extraterritorialité.
  • C’est exact, notre constitution est celle d’un état. Le doyen en est le représentant. Les soixante hectares de ce tout petit territoire sont mis à disposition par la Suisse, pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, si ma mémoire est bonne.
  • Je suppose qu’il y a une juridiction particulière ?
  • Oui, elle se trouve sous la tutelle de l’IA. L’année prochaine, de nouvelles lois seront proposées et votées par l’ensemble des étudiants.
  • Tu entretiens une relation avec Char… L’IA ?
  • Non, elle me fout un peu la trouille. Je préfère consacrer mon temps à parler avec des garçons. Nous sommes arrivées !

Devant nous, je découvris une jolie structure en forme de goutte. L’arrondie du devant était entièrement transparent. Je pouvais voir une vingtaine de fauteuils mauves, d’où partaient une série de câbles souples reliés à des casques luminescents.

Un bio-artificiel d’apparence masculine nous accueilli en souriant.

« Bonjour. Aria, veuillez prendre place sur un des fauteuils, je vous prie. »

  • Avant toute chose, j’aimerai que vous m’expliquiez le fonctionnement de ce système, grognai-je de mauvais poil.

 « Vous n’ayez aucune inquiétude. Comme la plupart des étudiants, vous supposez qu’un flux va être pulsé vers votre cerveau. Il n’en est rien. Ces appareils ne font que recueillir les fréquences sortantes de votre cortex. Ensuite, à l’aide de certains stimuli extérieurs, sonores, visuels et proprioceptifs, nous récoltons les réponses de votre noyau médullaire. Ces informations nous permettront de dresser votre profil synaptique, afin que la syntonisation neurale s’effectue dans les meilleures conditions. »

Je regardai ma nouvelle amie.

  • Pourquoi es-tu là Abi ? Tu dois certainement être déjà venue ici à ton arrivée !
  • Je fais partie des deux pourcents qui sont difficiles à scanner. Ne me demande pas pourquoi, les sciences psycho-physiques ce n’est pas vraiment ce que j’aime !

Je reportai mon attention sur l’artificiel.

  • Bon, ça me semble convenable… Que faut-il faire ?

En guise de réponse il me désigna un siège. Je m’y installai.

  • Ensuite ?
  • Prenez le casque en résille souple qui se trouve à votre gauche. Déposez-le sur votre tête. Je suis à votre service si vous avez besoin d’aide pour l’ajuster.

La résille ne pesait presque rien, elle ne fut pas facile à positionner.

La bio-machine m’informa du début du processus.

J’attendais qu’il se passe quelque chose. Je ressentis un picotement dans mes mains, quelques sons tournèrent autour de ma tête et des manifestations lumineuses jaillirent de nulle part devant mes yeux.

« C’est fini. » déclara l’artificiel avec un franc sourire et un regard bienveillant.

  • Alors ? demanda Abi avec son éternelle bonne humeur.
  • Rien ! Mis à part des fourmillements dans mes mains. J’ai entendu quelques sons, vu des lumières qui ne m’ont pas vraiment semblées réelles.
  • Pareil pour moi.
  • Je suppose que vous avez déjà mes résultats ?
  • Oui, vous faites partie des deux pourcents qui ne répondaient pas à la syntonisation neurale. Cela étant résolu, j’ai le plaisir de vous informer que vous pouvez dés aujourd’hui suivre nos cours. »
  • Maintenant que c’est réglé pour toi, je pense qu’il doit en être de même pour moi ? demanda-t-elle en se retournant vers l’artificiel.
  • Oui, Abi ! »

Nous prîmes congés. Elle était incroyablement pesante de bonne humeur, n’arrêtant pas de souligner qu’elle allait enfin pouvoir bénéficier de l’enseignement de l’école.

Je n’étais pas encore totalement conquise par ce mode d’enseignement. Je décidai de faire face à mes réticences.

  • Je te propose de suivre notre premier cours ensemble, Abi ! partante ?
  • Ouiiiiiii ! cria-t-elle, débordante de joie.

Le centre d’enseignement était tout près. Je découvris une jolie construction en pierre de quatre étages, perdue au milieu d’une végétation luxuriante. À cette occasion, je vis pour la première fois des oiseaux voler sous le grand dôme.

  • Il y a beaucoup d’animaux dans l’école, Abi ?
  • J’ai vu des écureuils, des hérissons, des lièvres et quelques chevreuils. Le grand lac, alimenté en eau par les glaciers, fait le bonheur des loutres, j’y ai aussi vu des poissons… Ils ont créé un écosystème avec des insectes de toutes sortes. Le biotope est parfaitement géré par l’IA, la reproduction sous contrôle… Tu as envie d’avoir des enfants plus tard ?

Cette question m’avait perturbée. J’en avais envie… Je m’imaginais parfois entourée d’enfants. Je savais aussi que ça n’arriverait jamais.

Une fois dans le bâtiment, un synthétique nous attribua un numéro de siège. Il programma des traces lumineuses pour que nous puissions les rejoindre.

  • À tout à l’heure ! lançai-je, quand je m’aperçus que les deux marques prenaient des directions différentes.
  • À plus tard, Aria.

La salle était remplie d’étudiants. Des dizaines de sièges confortables s’alignaient à un mètre cinquante d’intervalle. Je rejoins le mien et me laissais guider par l’interface de l’appareil.

« Choisissez vos domaines d’études. »

Une holo-liste apparue. Je prononçai à haute voix :

  • Chimie organique, biochimie, recherches des six derniers mois. Domaine : Biochimie macromoléculaire, processus de dégradation des bio-macromolécules, défaillance dans les processus de polymérisation.

« Sélectionnez les recherches demandées par sources géographiques ou par noms d’auteurs des publications. »

  • Sélection de tout ce qui est disponible actuellement.

« Ce volume de données représente cent vingt-deux mille cinq cent cinquante-deux pages standards. Temps d’acquisition estimé à soixante-dix-huit heures et quatre minutes. »

  • Possibilité de réduire le temps nécessaire à l’acquisition ?

« Réduction possible jusqu’à un facteur cinq. En raison du très haut débit de transfert, le taux de perte de données est évalué à seize pourcents. »

  • Possibilité d’identification des clusters non assimilés ?

« Processus nécessitant l’emploi d’un protocole de dialogue cerveau-machine invasif, plus complexe que la syntonisation. Vous devez accepter d’abandonner momentanément votre intégrité mémorielle, au profit d’une connexion de phase profonde. »

  • Conséquences sur mon intégrité générale ? m’inquiétai-je.

« Tous vos souvenirs et engrammations les plus récentes seront scannés. Ils transiteront momentanément par une unité logique comparative à très haut débit. »

  • Cette… unité logique, doit-elle être en liaison avec l’IA de l’école ?

« Elle peut ne pas l’être. Dans ce cas, vous renoncez à la supervision du processus par l’IA. De fait, vous engagez votre responsabilité en cas de défaillance durant cette opération. »

  • J’accepte.

« Temps d’acquisition total des données estimé à quinze heures vingt-quatre secondes. Durée de la première session, huit heures. Pose biologique programmée à la moitié de ce temps. Veuillez toucher le contact vert sur le pupitre à votre droite.»

Mes doigts se posèrent sur le contact. Je fermai les yeux. La syntonisation synaptique débuta sans que je ne m’en rende compte.

J’eu une courte période d’inconscience. Je me réveillai, toujours sur le fauteuil.

« Processus d’acquisition terminé. »

  • Combien de temps s’est-il écoulé ?

« Trois heures et dix minutes. Votre température interne élevée et votre milieu hormonal particulier, ont grandement accéléré le transfert de donnés. La phase profonde connexion cerveau-machine a elle aussi été réalisée. Aucune des données transmises n’a été déclarée manquante.  »

  • Puis-je partir ?

« Oui. Je dois vous informer, qu’en raison du très inhabituel volume d’informations que vous avez sélectionné, les données transférées ne vous seront accessibles que progressivement. Merci de votre passage au centre d’enseignement, Aria. »

Je me levai en me demandant où en était Abi.

Je décidai d’aller déjeuner et ensuite de passer le reste de la journée à visiter l’école. Je connectai ma playlist et flânai en me dirigeant vers la Duke Tower.

L’enseignement de ce matin, commençait déjà à parvenir à la surface de ma conscience ordinaire. Des connaissances parcellaires émergeaient de nulle part. Plus j’y portais attention, plus celles-ci s’organisaient de façon rationnelle. C’était une expérience particulièrement troublante.

Une fois à destination, j’entrai dans un ascenseur et prononçai « Restaurant ». Aussitôt la cabine pris de l’altitude.

« Sur votre droite en sortant. », m’indiqua une voix presque revêche, après l’ouverture de la cabine.

  • Charlotte ?

« Non. Vous avez été identifiée comme étant Aria Spacel. Séquence d’assistance automatique préenregistrée auto-attribuée, adaptée à votre faible niveau de connaissance des lieux. Veuillez libérer rapidement la cabine. »

  • Charmant ! grinçai-je à l’adresse de l’ascenseur. Je détestais la robotisation !

A suivre… ( le 20 mars 2020 )

Le restaurant était encore fréquenté. Il n’était que treize heures et des poussières. Une file d’étudiants de toutes nationalités, se pressaient pour récupérer leur déjeuner auprès d’androïdes bien moins sophistiqués que les synthétiques.

Je passai ma commande sur un des petits holo-écrans disponibles. Œufs brouillés emmental, légumes du jour sautés au wok, une pomme en dessert et une bouteille d’eau.

Je n’eus pas à attendre longtemps pour récupérer mon plateau. Restait l’endroit où m’installer. Je repérai une table à proximité. Trois filles et un garçon s’y trouvaient déjà. Il y avait largement assez de place pour moi.

  • Aria, me présentai-je. Puis-je m’assoir ?
  • Bien sûr Aria ! bredouilla la fille brune sans me regarder.

Elle était la plus menue des trois. Je la vis rougir jusqu’à la racine de ses cheveux.

Les quatre, visiblement gênés, échangeaient des regards sans rien dire. Je m’installai et commençai à manger sans me soucier plus que ça de leur présence.

  • Tu es nouvelle, me demanda le garçon asiatique aux traits fins.

Il semblait vouloir éviter mon regard à tout prix.

  • Oui ! tu as deviné. Et vous, c’est quoi votre histoire ?

De nouveau le silence s’établit à la table. C’était à qui regarderait le mieux son plateau.

  • Nous sommes tous les quatre un petit peu sensibles, déclara la fille blonde plantureuse.
  • Ne nous en veux pas s’il te plait, Aria San. Il va nous falloir du temps pour faire connaissance, sembla s’excuser la beauté asiatique à la peau couleur ivoire.

Je mâchais consciencieusement mes œufs brouillés et mes petits légumes, buvant de temps en temps. Je les observais sans ostentation. Ils paraissaient se détendre un peu et semblaient chercher à croiser mon regard sans en avoir l’air.

  • Pour commencer vous pourriez me donner vos noms, demandai-je d’une voix douce.
  • Aiko Otsuka, enchaina la jolie asiatique en esquissant un sourire.
  • Kenji Nakamura, annonça le garçon. Enchanté !

Les deux autres filles ne bougeaient pas encore. Je sentis que ce n’était qu’une question de secondes avant qu’elles ne soient en confiance. Je commençais à croquer dans ma pomme rouge.

  • Celia Brook, se décida à dire la fille blonde.
  • Elisée Morvan, me confia d’une voix douce la jeune fille un peu fluette.
  • Les présentations sont faites, déclarai-je avec toute la délicatesse dont j’étais capable. Je suppose que vous venez de quelque part ?
  • Japon, répondit le jeune garçon.
  • Japon moi aussi, souffla la fille à la peau de perle.
  • Angleterre, mais mes parents sont irlandais, m’annonça la blonde.
  • France par ma mère et Québec par mon père, termina la dernière.
  • Je suis de Chicago, repris-je. Ma famille habite cette ville depuis six générations.
  • C’est une belle ville, s’exclama Aiko, il y fait un peu froid. Il y a du vent je crois, Aria San ?
  • C’est le moins que l’on puisse dire, répondis-je tout sourire. Vous êtes ici depuis longtemps ?
  • Depuis l’ouverture de l’école, s’enhardie Célia. En fait, nous avons tous les quatre participés à la mise au point de l’IA, me confia-t-elle.
  • Célia est formidable. Sans elle, l’enseignement spécifique à l’école n’aurait pas été possible, précisa Aiko.

Ce fut au tour de Célia de rougir.

  • Quelles sont vos spécialités, tentai-je de leur demander, craignant qu’ils ne rougissent tous les quatre en même temps.

Ce fut Elisée qui me répondit.

  • Aiko a beaucoup travaillé sur les bases de données en architectures imbriquées. Elles sont actuellement la base de la mémoire de l’IA de l’école. C’est une mémoire liquide, tu sais ?
  • Non, je l’ignorais. Quel liquide ?
  • De l’eau distillée à température ambiante. Célia a mis au point l’interface à intrication quantique. Elle permet la connexion cerveau-machine ultra-rapide. C’est en partie aussi grâce à elle que la syntonisation synaptique fonctionne. Kenji a participé aux travaux sur la connexion-intégration des capteurs proprioceptifs des systèmes robotisés semi-autonomes et autonomes de l’école. Cette technologie permet à l’IA de ressentir les stimuli provenant des bio-artificiels. De même, il a participé à l’installation des systèmes sensoriels du dôme et des bâtiments.
  • Quelle est la finesse du ressenti des bio-artificiel, Kenji ?
  • C’est compliqué !
  • Dans ce cas fait simple, lui souris-je.
  • En fait, mon travail consistait à développer les champs magnétiques qui encapsulent des impulsions micro-ondes. Par la suite, j’ai élaboré un algorithme de reconnaissance des feedbacks résiduels de ces impulsions, elles déchargent le reliquat de leur potentiel, dans des nano-chips reliés à la matrice de perception de l’IA. Euh… Aria, il me semble que je n’ai pas vraiment répondu à ta question ?
  • C’est ce que j’avais le mieux compris, Kenji… Tu es perspicace. Ta matrice de perception fonctionne à la perfection, plaisantai-je.
  • La sensibilité, reprit-il, est juste limitée par la capacité du chip à traiter un faible potentiel de feedback… Euh, je dirai qu’ils peuvent sentir, hésita-t-il, un moucheron se poser sur leur peau synthétique.
  • Bien, voilà… Un moucheron, lui répondis-je en pouffant de rire. Je t’ai suivi dans les grandes lignes, merci Kenji. Donc, un très fin ressenti !

Il rougit, balbutia quelques mots en japonais et se reprit en disant d’un trait que ce n’était pas bien compliqué, juste un peu technique pour celui qui ne connait pas la robotique.

  • Et toi Elisée… Sur quoi as-tu travaillé ?
  • Je me suis attachée à optimiser les algorithmes d’interfaces entre les systèmes d’échanges et de traitement des données. Je les ai rendus plus rapide, afin qu’ils s’approchent le plus possible du modèle, qui fait que nos capacités cognitives nous permettent d’être intuitifs. Tu veux que je t’explique ?
  • Sans vouloir te vexer Elisée, je ne préfère pas, souris-je gentiment. Ça dépassera sans doute ma capacité à comprendre ton travail.
  • Tu ne nous a pas parlé de ce que tu fais, Aria San, demanda poliment Aiko.
  • Hum, c’est compliqué… Annonçai-je d’humeur espiègle.

Ils rirent tous les quatre de concert. Je constatai que la glace venait de se briser. Quatre nouveaux amis, c’était une belle après midi en fin de compte ! Messieurs « Salut et bonne journée » étaient devenus un peu moins présent dans mes pensées.

  • J’ai étudié dans quelques domaines. La bio-ingénierie, la génétique et l’épigénétique, les nanomatériaux agiles biocompatibles, la régénération tissulaire, ainsi que l’amplification des fonctions neurobiologiques et neuromotricielles. Voilà tout, finis-je.

Une ombre passa dans mes yeux.

  • Il est l’heure d’y aller, rappela Kenji aux trois autres. Désolé Aria, nous avons réservé une session de syntonisation avancée cette après-midi.
  • Que conseilleriez-vous de faire à une personne comme moi, qui vient tout juste d’arriver sur le campus ?
  • Aria San, as-tu visité le complexe sportif ? me demanda Aiko.
  • Non.
  • Dans ce cas, je te suggère d’y faire un tour. J’adore cet endroit. Je m’entraine presque tous les jours dans un des deux dojos. Tu trouveras certainement une activité qui te passionne, j’en suis sûre !
  • Merci pour ton conseil, Aiko.

Ils prirent congé le sourire aux lèvres, promettant de me revoir bientôt.

Depuis mes six ans je pratiquais la gymnastique, la danse classique, l’équitation et la boxe française. J’excellais dans toutes ces disciplines.

Je me renseignai sur la direction à prendre pour me rendre au complexe sportif.

Je me mis en route.

—–

C’était une série de bâtiments en verre d’aluminium et bois qui se situaient au nord-est de la Duke Tower.

Arrivée sur place, je longeai le bord d’une piscine aux dimensions olympiques, puis visitai les bâtiments qui abritaient des activités de musculation et de cardio-training. Je découvris enfin les dojos dont m’avait parlé Aiko et une grande salle de boxe avec ses rings. Sur ma droite, une gigantesque salle de sports collectifs était bordée par de hauts murs d’escalade.

Je finis par entrer dans un immense gymnase. Il disposait de tout l’équipement nécessaire à ces disciplines.

Dans le fond, près des agrès, ils étaient là.

  • Tiens, tiens, messieurs « Salut et Bonne journée ! » notais-je à haute voix.

Un robot de service s’approcha de moi.

  • Souhaitez-vous vous entrainer ? Je puis vous fournir vêtements et équipements qui vous seront nécessaires.
  • C’est une bonne idée ! oui, répondis-je en souriant largement.

Je demandai à la machine, un juste au corps, une paire de maniques et de la magnésie. En attendant son retour, je les observai en train de pratiquer au cheval d’arçon.

La machine revint en m’apportant ce que j’avais demandé.

  • Les vestiaires dames sont sur votre gauche. Je reste à votre disposition et vous souhaite un très bon entrainement.

Quelques minutes plus tard, j’étais prête à l’action. Je frottai mes mains avec la magnésie, tout en me dirigeant lestement vers les agrès, qui se trouvaient à proximité de l’endroit où ils se tenaient.

Ils me remarquèrent et me firent un signe de main. Je leur souris sans rien dire. Je m’approchai d’un portant d’où pendaient deux anneaux,

Je me positionnai devant. Du coin de l’œil, je notai qu’ils avaient cessé toute activité. Ils me regardaient, intrigués.

D’un seul bond irréel départ pieds joints, je m’envolai à plus de deux mètres pour saisir les anneaux. Je commençai l’exécution d’une croix de fer classique que je fis durer cinq secondes. Je m’élevai pour me retrouver tête en bas, bras tendus, parfaitement verticale. J’exécutai un grand écart facial, puis ramenant mes jambes l’une contre l’autre. J’écartai doucement mes bras pour une nouvelle croix inversée. Je me laissai tomber en flèche, entreprenant des rotations de plus en plus rapides. Je m’arrêtai en un instant, de nouveau la tête en bas, mon corps parfaitement vertical. Tout en douceur j’écartai mes bras. J’exécutai une planche parfaite. Décidant que c’était presque la fin, je repartis en tournoyant pour enfin me stabiliser. Un sourire aux lèvres, j’entrepris d’effectuer une hirondelle que je transformai en une équerre bras tendus. Je repris de nouvelles rotations toujours plus rapides. Sans prévenir je lâchai les anneaux, m’élevant gracieusement dans les airs en effectuant plusieurs rotations vrillées, jambes tendues, bras entourant ma tête.

Je retombai presque sans bruit sur mes appuis, parfaitement en équilibre.

En me dirigeant vers les vestiaires, je jetai un coup d’œil aux deux garçons toujours immobiles.

  • Salut Ethan, bonne journée Allen, lançai-je.

Je n’attendis aucune réponse. Je m’engouffrai dans les vestiaires.

Mon terminal poignet affichait quarante et un degrés sept dixième. J’étais effrayé par la température de mon corps.

Je me précipitai sous une douche glacée. J’y restai une vingtaine de minutes.

Mon terminal enregistrait de nouveau trente-neuf degrés huit.

  • Tout ça, juste pour faire plaisir à ton ego et pour satisfaire à ce besoin irrépressible de les impressionner. Tu es une idiote, ma fille ! tu rognes la douzaine de mois qu’il te reste à vivre…

Je séchai mon corps et m’habillai.

Quand je sortis des vestiaires, j’eus la surprise de les voir. Ils semblaient m’attendre. Mon cœur s’emballa follement.

Ils s’étaient douchés et changés, sans doute plus rapidement que je ne l’avais fait, suite à mon passage prolongé sous l’eau glacée.

  • Ce qui est sûr, c’est que tu ne pleures pas quand tu te casses un ongle, décréta Ethan.
  • Ce soir on fête tous les trois ton premier jour à l’école et tu ne dis pas non, enchaina Allen en souriant.
  • Non ! souris-je à mon tour, un air de défi dans les yeux, essayant de cacher l’immense joie qui m’envahissait.
  • Tu vois je te l’avais dit, souligna Allen. La petite veut se coucher tôt, elle a encore besoin de sommeil à son âge !
  • Bon… Il faut faire quoi pour que tu dises oui ? insista Allen.
  • Un petit déj ensemble demain matin ! et surtout pas de salut ni de bonne journée.

Ethan regarda Allen.

  • Qu’est-ce que je te disais ! T’as perdu ! Tu me dois un burger de chez Swansy double bed à Sydney ! et les bières aussi… Nous aurons tourné dix-huit ans à ce moment-là.
  • Ok pour le petit déj demain matin, sourit Allen. Ce soir vers dix-neuf heures trente nous passerons te chercher. Nous commencerons par un repas à emporter que nous dégusterons près du lac.
  • Ça m’a l’air bien pour un début de soirée ! Je serai certainement dans ma chambre à cette heure. Entrez sans frapper ça sera ouvert pour vous, leur annonçai-je en les quittant.

Je me ravisai soudainement et revins sur mes pas.

  • Vous aviez parié ?
  • Curieuse ! remarqua Allen. Et pas froid aux yeux…
  • Je t’avais dit qu’elle était atypique.
  • Ce n’est pas trop tôt d’en rencontrer au moins une qui l’affirme.
  • Surtout faites comme si je n’étais pas là, grinçai-je, exaspérée par leur manque de courtoisie.
  • Relax, ma belle ! c’est un entre nous. Tu ne fais pas encore partie de la bande. Nous verrons ce soir, conclu Ethan.
  • Si tu arrives à faire sonner un didgeridoo, nous répondrons à tes questions. En attendant, fuis de toutes tes jambes de géraldine, m’ordonna Allen.
  • A ce soir, grognai-je, dépitée par leur comportement.

De vrais rustres ces australiens… Idiots en plus, pensai-je un brin en colère et un peu moins sous leur charme.

Une fois Aria hors de vue Allen regarda Ethan en souriant.

  • Au top ton numéro d’australiens rugueux ! tu es plutôt doué. C’est presque naturel chez toi…
  • La p’tite de Chicago n’y a vu que du feu, répondit-il avec un fort accent de Bushman. C’est la reine des anneaux cette géraldine !
  • Une étoile qui brille fort, rétorqua Allen sur un ton bourru.

Ils riaient de bon cœur en quittant le gymnase.

Storm is coming. La suite bientôt…

On toqua à ma porte. Elle s’ouvrit sur Ethan et Allen, tout sourire. Ils me présentèrent deux holo-bouquets de roses rouges.

  • Nos excuses, Aria, annonça Allen. C’est un brin ringard, mais il n’y a pas de fleuriste ici.
  • Nous avons eu l’idée d’une composition florale numérique, ajouta Ethan. J’espère que c’est l’intention qui comptera à tes yeux.
  • Merci pour cette gentille attention, les garçons, gloussai-je à mon grand étonnement.

J’étais contente qu’ils aient pensé à ce petit détail.

  • Ce soir tu es sous notre haute autorité, souligna Ethan. En notre qualité de plus anciens étudiants de l’école nous allons guider tes pas.

Je les regardais un peu surprise. Notre soirée allait-elle être un bizutage en petit comité ?

Ils étaient habillés pour sortir. Pantalons de toile blanche, chemise bleue pour Ethan. Pantalons anthracite, chemise perle pour Allen. Je les trouvais beaux et terriblement attirants.

J’avais pu accéder aux vêtements qui se trouvaient dans mes malles. Je portai un jeans neuf, un teeshirt bleu nuit et un de mes éternels sweats blancs à capuche.

Nous passâmes récupérer trois repas dans un des restaurants la Duke Tower.

Nous étions en route pour le lac. Allen portait deux didgeridoo et un petit sac sur son épaule. Ethan se chargeait de nos repas.

Des centaines d’étudiants se promenaient sous le dôme, profitant de la douceur du climat tandis qu’il gelait au dehors.

Sur le chemin, je vis Byron Alastor en compagnie de trois jeunes gens. Ils arrêtèrent leur conversation quand je passais à quelques mètres d’eux. Byron m’adressa un petit sourire aigre qui me mit mal à l’aise.

Je tentai de dissiper ce ressenti en questionnant les garçons.

  • Qu’avez-vous prévu après notre pause restauration ?

Ils se firent énigmatiques en me répondant que ce soir je serais initiée par l’air, le vide et l’eau.

  • Et concrètement ça donne quoi, grommelai-je ?
  • La première épreuve c’est l’air, chuchota Allen. Pour la deuxième, tu devras accepter d’avoir une totale confiance en nous. Il va sans dire que tu restes libre de refuser, m’informa-t-il très sérieux.
  • Que se passe-t-il si je refuse ?
  • Tout s’arrêtera et tu passeras sans doute à coté d’une belle histoire, m’annonça Ethan.

Je détestais perdre le contrôle d’une situation. Hors de question que je me dégonfle, pensai-je.

Nous venions d’arriver au bord du lac. Nous nous installâmes sur une couverture qu’ils avaient apportée.

Après avoir pris notre collation, Allen me présenta un didgeridoo.

  • Voilà ta première épreuve… L’air.

Je le saisis avec un grand sourire et le portait à mes lèvres. Sans effort je le fis vibrer sur plusieurs tonalités en pratiquant une courte respiration circulaire.

Les garçons souriaient, enchantés de constater que je possédai de bonnes bases dans la maîtrise dans cet instrument. Ethan se mit à en jouer. Rapidement, je me trouvai dépassée par son niveau de natif australien. Je donnai mon didgeridoo à Allen.

D’autres étudiants arrivèrent attirés par les sons, certains en possession d’instruments.

Deux Hangs se firent entendre. Un peu plus tard, une flutiste talentueuse aux notes perchées se mêla à l’impro générale.

Ce soir je me sentais bien, mes soucis s’étaient comme évanouis. J’avais l’impression que cette soirée pourrait durer toute ma vie. Ethan et Allen n’avaient rien des australiens bourrus de tout à l’heure. Ils faisaient preuve d’une grande sensibilité. Les vibrations de leur didgeridoo me donnaient des frissons que j’essayai avec peine de leur dissimuler.

Vers vingt-trois heures nous primes congés de tous, après qu’Ethan m’eût informé à voix basse qu’il était temps de passer à ma deuxième épreuve.

  • Où allons-nous ?
  • Nous remontons au 145ème étage. Pour la suite, c’est une surprise, précisa Allen, énigmatique.

Après avoir déposé leurs instruments, ils me firent découvrir dans le grand couloir une porte qui m’était inconnue. Elle ouvrait sur un escalier. Un étage plus haut, j’entrai dans un vaste salon panoramique coiffé d’un plafond transparent.

Au dessus de nous les projecteurs anticollisions de la Duke Tower éclairaient le ciel.

Au travers d’une grande baie vitrée, pour la première fois, je vis la large et épaisse demi-lune métallique qui surmontait telle une visière la façade sud du gratte-ciel. Elle parcourait une cinquantaine de mètres au-dessus du vide.

  • Aria, commença Ethan un brin trop sérieux à mon goût, tu as moins d’une minute pour accepter ou refuser de faire ce que nous avons prévu. Nous allons ouvrir les trappes de service qui permettent d’accéder à ce pont de métal. Nous allons le parcourir ensemble. À mis chemin, Allen me remplacera pour te conduire de l’autre côté. Il te reste moins d’une minute pour accepter ou refuser. Un bio-artificiel ne devrait plus tarder à arriver pour nous en empêcher.

J’ouvris des yeux immenses, tentant de voir s’il plaisantait. Apparemment pas, conclus-je.

  • Je… j’accepte, répondis-je, un peu fébrile.
  • Fais-nous confiance, tu n’as rien à craindre. Mets ce bandeau sur tes yeux, sourit-il en me le tendant.

Ethan fit basculer la grande trappe de service à droite. Allen s’occupa de celle de gauche. Je plaçai le bandeau sur mes yeux.

  • Donne-moi tes mains, Aria.

Je les tendis vers Ethan et tressaillis quand il les saisit fermement. Il commença à me faire avancer doucement.

Je ressentis un froid intense poussé par le vent qui venait de ma droite. J’avançai.

Au-dessous de nous plus de cinq cent mètres de vide nous séparaient du sol. Mes semelles crissaient sur le givre qui recouvrait le métal. La plante de mes pieds me démangeait, comme si une colonie de fourmis eut soudain fait irruption dans mes chaussures.

Ethan m’enjoignit de le lâcher, ce que je fis à contrecœur.

  • Aria, prends mes mains ! c’était la voix d’Allen.

Le contact de ses doigts sous mes paumes me rassura. Je les saisis fermement. Il commença à se déplacer, nous allions bientôt regagner l’intérieur. Mon cœur battait à tout rompre.

Une vingtaine de secondes plus tard, le souffle court, je regagnai avec peine le salon. Le froid et le vent cessèrent. Des mains m’enlevèrent le bandeau. J’étais entre Ethan et Allen qui me souriaient.

  • Vous venez de prendre des risques insensés. Une procédure de radiation de l’école pour mise en danger de vos vies a été transmise au doyen. Il statuera demain sur les suites à donner à cette affaire.
  • Charlotte, tout va bien, la rassura Allen. Je suis sûr que le doyen comprendra qu’il n’y avait aucun risque pour nous ce soir !

La bio-artificielle dont se servait Charlotte pour nous parler affichait des émotions qui m’étonnèrent.

  • Charlotte, tu es belle quand tu es en colère, annonça Ethan.

Nous nous éclipsâmes en riant.

Une fois à l’extérieur, les deux garçons me soulevèrent pour me percher sur leurs deux épaules jointes.

  • En plus d’avoir les mains étonnamment chaudes, tu as assuré ce soir ! Tu mérites de pouvoir contempler le monde d’un peu plus haut, plaisanta Ethan.
  • Profites de la vue petite géraldine, rajouta Allen, avec un fort accent.

Je rigolai en comprenant qu’ils m’avaient bien eu avec leur imitation d’australiens bourrus.

Je posai les paumes de mes mains sur les joues des garçons. J’étais heureuse et totalement amoureuse. Je vivais la plus belle soirée de toute ma courte existence.

Notre trio s’approcha en silence de l’immense piscine du complexe sportif.

Il était minuit passé. Personne à part nous ne troublait le calme du lieu. L’endroit était éclairé par de petites lumières parcourant le chemin qui conduisait au grand bassin.

  • Je n’ai pas de maillot, leur signalai-je quand je compris leur intention. Je n’en ai pas pris parce que je ne pensai pas m’en servir. Et pour être franche, la seule eau que je fréquente depuis plus d’un an c’est celle de ma douche…

Je ne savais plus quoi dire pour leur cacher mon malaise.

  • Pourquoi parles-tu de maillot, Aria, me demanda gentiment Allen.
  • Imagines-tu que nous avons pensé à mettre ce bout de tissus dans nos valises, souligna Ethan en montrant ses dents blanches dans un grand sourire. Tu vas faire comme nous.
  • Et comment faites-vous ?
  • On s’en passe. C’est ta dernière épreuve. Rejoins-nous… Nous avons quelque chose à te demander.

Les deux garçons se déshabillèrent promptement. J’étais tétanisée. Je regardais pour la première fois de ma vie cette scène irréelle se dérouler sous mes yeux. Ils glissèrent doucement dans l’eau.

Soudainement, la piscine fut entièrement éclairée.

  • Charlotte, s’il te plait, protesta Allen.

Les lumières clignotèrent un bref instant. Tout redevint sombre et intime. Les garçons nageaient vers le centre du bassin.

Le cœur battant à tout rompre, l’estomac noué, les mains moites, je m’assis près du bord et me dévêtis rapidement. Je glissai dans l’eau. Je me sentis comme électrisée par cette situation. Il se passa un moment avant que je ne trouve la force de nager vers eux.

Je les devinais à peine, ils m’attendaient. Je restais à quelques mètres d’eux, tétanisée par mes émotions.

  • Bienvenue à notre petite réunion, murmura Allen.
  • L’eau est trop froide pour toi, Aria, demanda Ethan avec un demi-sourire. À moins que ce soit la grandeur du bassin qui te pétrifie ?

Après s’être consultés du regard les deux garçons se rapprochèrent de moi et finirent par m’entourer.

  • Stop ça va trop vite, là je panique, soufflai-je.

Les spots de la piscine se rallumèrent, exposant nos corps nus.

  • Charlotte ! nooon, suppliai-je à mon tour les bras sur ma poitrine.

Nouveau clignotement des lumières et retour à l’obscurité.

Les garçons étaient à moins d’un mètre de moi. Je les entendais respirer. Je ressentais les perturbations qu’ils créaient dans l’eau, elles venaient caresser doucement mon corps.

À cette distance, la luminosité ambiante était suffisante pour que je puisse parfaitement voir leurs yeux et l’expression de leur visage. Je ne lus aucun trouble, aucune mauvaise intention, seulement de la bienveillance.

Chacun d’eux avança une main vers moi, je les saisis et les serrai forts. Une multitude de sentiments me submergeaient. Je les regardai tour à tour. J’étais bouleversée par ce que me faisait ressentir leur proximité. Je n’arrivais toujours pas à savoir si l’un me plaisait plus que l’autre.

Dés ce moment, je pris pleinement conscience, que je ne voudrais ni ne pourrais jamais choisir entre Ethan et Allen.

Les garçons étaient à quelques centimètres. Il n’y avait d’autre contact que nos mains enlacées. Ils me regardaient sans dire un mot. Je n’osai plus bouger, restant à la surface uniquement soutenue par leurs mains.

  • Lequel de nous deux choisiras-tu ? s’aventura Allen, tendu par son abrupte demande.
  • Celui que tu écarteras respectera ta décision, souligna Ethan qui semblait lui aussi un peu nerveux.

Ce que je redoutais venait de se produire. Je tentais de réunir tout le courage dont je disposais. Je peinais à le faire. Mon cœur battait à tout rompre.

  • Je crois que je vous aime tous les deux, dis-je en rougissant. Je vous choisis tous les deux… Balbutiai-je.

Voyant leur réaction, je rajoutai d’un trait.

  • Je ne changerai pas d’avis…

Je mordis l’intérieur de mes lèvres en regrettant mon audace. J’étais effrayée à la simple évocation d’un possible rejet de mon désir.

C’était comme si le temps venait de s’arrêter. Plus un bruit à la surface de l’eau, juste la tension de nos trois corps. Nos ressentis tentaient de se connecter à ce que nous aurions voulu être une réalité partagée.

  • Non, trancha soudain Ethan.
  • Je suis de ton avis… Hors de question, confirma Allen.

Ils abandonnèrent mes mains.

Mon monde venait de s’écrouler. Je m’éloignai d’eux tout en réprimant les sanglots qui montaient dans ma gorge.

  • Je ne ferai jamais ce choix ! je vous déteste, criai-je en sortant de l’eau.

Je récupérai mes vêtements et m’enfuis au loin.

Je peinais à retrouver mon calme. Une demi-heure plus tard je regagnai le 145ème étage.

Personne dans le salon, aucun bruit… Rien ne trahissait leur présence.

J’entrai dans ma chambre. Le sentiment de solitude absolue qui m’habitait d’ordinaire venait de réapparaitre.

C’est mieux comme ça, me dis-je en larmes. Personne n’aura à souffrir de ma disparition.

—–

 

Le lendemain matin, après une nuit exécrable, ils n’étaient toujours pas là.

Je questionnai Charlotte. Elle m’informa qu’ils se trouvaient à la cafétéria, attablés au même endroit que la dernière fois.

Ils n’avaient pas oublié ma condition, semblait-il.

Je me décidai à les rejoindre.

Je les vis en train de discuter. À mon arrivée, ils se turent.

Allen me dévorait des yeux, Ethan évitait mon regard.

  • Bonjour, leurs dis-je de ma plus douce voix.
  • Bonjour, Aria.
  • Salut, Aria.
  • Merci pour cette magnifique soirée, m’aventurai-je à voix basse. Désolée de vous avoir dit que je vous détestai, je ne le pensai pas. Je suppose que rien n’a changé depuis cette nuit ?
  • Nous en discutions avant que tu n’arrives, comme tu t’en doutes certainement, me confia Ethan.
  • Et alors ? bredouillai-je.
  • Nous sommes arrivés à la conclusion, que tout s’est passé trop vite depuis que tu es ici. Il faut se laisser du temps, conclut Allen.
  • Que proposez-vous ?
  • Que tu apprennes à mieux nous connaitre, pour commencer. Souligna Ethan.

Je les transperçai du regard.

  • Vous n’avez décidément rien compris ! encore une fois pour que ça soit clair dans vos têtes d’australiens… Je n’ai pas envie de choisir ! martelai-je en détachant mes mots. Même avec du temps en plus je ne le pourrai, le voudrai ni le ferai. Je suis tout simplement amoureuse de vous deux. Il va falloir vous faire à cette idée même si ça heurte vos valeurs, vos principes et votre façon de concevoir une relation amoureuse.

Les garçons se regardaient sans rien dire. Une fois de plus Allen souleva un sourcil ravageur en me regardant. Ethan s’éclaircissait la gorge.

  • Ça ne change rien. Conclut-il. Nous avons décidé de te laisser un peu d’espace pendant quelques jours. Il faut que tu sois sûre de toi.
  • De l’espace… Il y en a partout dans cette école gigantesque. Ça ne changera absolument rien. Ce que je constate c’est que vous vous défilez… Je suis extrêmement déçue par votre attitude !
  • Ne le prends pas mal, Aria, c’est ce que nous pensons être le mieux pour tout le monde, insista Allen.
  • Et ce que je pense ça ne compte pas ? sifflai-je, furieuse. Vous avez tous les deux envie d’être avec moi, et bien sûr, vous me demandez de choisir… Quand ma réponse ne correspond à aucune de celles que vous attendiez, à ce moment-là vous vous dégonflez…

Une fois encore je les fusillai du regard le plus noir que mes yeux clairs furent en mesure de produire. Je mourrais d’envie de les toucher.

Comme dans un rêve, Ethan avança une de ses mains vers moi en regardant Allen qui fit de même. Elles se trouvaient à quelques centimètres des miennes. Je plaçai mes mains sur leurs paumes, nos doigts se refermèrent.

Soudain, comme s’ils l’avaient convenu sans que je ne m’en aperçoive, ils retirèrent leurs mains, déposèrent un baiser sur mes joues puis s’en allèrent sans un mot.

J’étais de retour à la case solitude.

A suivre…

18 comments on “Feu du Ciel

    Manon

    • 18 mars 2020 at 10:10

    Merci David 😍

    David William Duke

    • 18 mars 2020 at 12:59

    A situation exceptionnelle… La suite ce soir !
    D.W.D.

    Manon

    • 17 mars 2020 at 6:02

    Le coeur c’est un secret ! 🙂
    David, je suis déjà déprimée à l’idée de rester 15 jours chez moi. Pourrait-on avoir de la lecture avant le 20 ? (je sais je suis une gratteuse professionnelle, mais c’est pour la bonne cause), je vais mourir d’ennui. SVP SVP SVP ! 🙂

    Dave

    • 13 mars 2020 at 11:56

    Merci pour cette suite, j’aime bien les dialogues.
    Comment fais-tu pour le coeur Manon ?

    Manon

    • 13 mars 2020 at 11:38

    Merci David ♥

    David William Duke

    • 13 mars 2020 at 2:13

    La suite, avec un jour d’avance, Manon.
    Bonne pioche ! C’est bien une référence à Twilight.
    Bon week-end à tous.
    D.W.D.

    Manon

    • 12 mars 2020 at 7:45

    Le marchand de Venise ! Twilight, j’ai tout juste ?
    J’aime +++1
    (Je n’ai rien à faire vendredi soir, serait-il possible d’avoir la suite avant le 14 ?)
    Manon

    Stéphane

    • 9 mars 2020 at 2:22

    Je viens de découvrir vos textes. Le monde que vous décrivez est complexe, je n’ai pas eu le loisir de tout lire, les préquels doivent certainement compter pour la compréhension de l’histoire ! Du moins je le suppose. Bravo, j’ai aimé ce que je viens de lire.
    Cdlt
    Stéphane

    David William Duke

    • 8 mars 2020 at 7:37

    Bonsoir à tous !
    En réponse au message de « Je s’appelle Groot », les holotraces sont 100% écolos.
    Audrey, pour précommander, rien de plus simple. Allez dans l’onglet « Précommander Feu du Ciel », laissez votre adresse mail, votre nom, un commentaire si vous le souhaitez, et je vous avertirai quand il sera possible d’acquérir le premier tome.
    A titre informatif, son prix sera inférieur à 15 euros.
    Merci encore pour vos petits message.
    A bientôt
    D.W.D.

    Je s’appelle Groot

    • 8 mars 2020 at 3:58

    Les zolotraces, elles laissent des marques sur le sol ?
    (Je sors)
    Pas mal ton histoire, David. Un tantinet trop détaillée à mon goût mais pas mal.

    Audrey

    • 7 mars 2020 at 4:20

    J’aime beaucoup.
    David, passez le bonjour à Charlotte !
    Pour précommander, que faut-il faire ?
    Merci !

    Maylis

    • 4 mars 2020 at 4:26

    Jolie description de l’arrivée d’Aria, bien écrite !
    La suite +1

    David William Duke

    • 29 février 2020 at 4:32

    Merci pour vos commentaires impatients ! Dans moins d’une semaine la suite de Feu du Ciel sera mise en ligne. Deux nouveaux préquels seront publiés en début de semaine. Encore merci pour votre intérêt et vos commentaires, bon week-end à tous.
    D.W. Duke

    Harvey

    • 29 février 2020 at 11:25

    Sympa, la suite…

    Savannah

    • 28 février 2020 at 4:11

    Trente neuf degrés huit !!!! Elle ne doit pas avoir froid ! 🙂
    Elle écoute Tears for Fears ??? Mad word et working hour, j’adore mais en 2033 c’est un peu vieux. Enfin, en tout cas elle a du goût.
    La suite svp !

    Audrey

    • 27 février 2020 at 6:18

    J’aime beaucoup le ton qui est donné dans ce commencement d’histoire. Aria est bien décrite et je colle pas mal à ce que je devine être sa psychologie.
    Bon, la suite le 7 mars c’est un peu loin ! Monsieur William, un petit effort ? ou pas…

    David William Duke

    • 27 février 2020 at 3:46

    Attendons la suite, Dave. (connaissant l’histoire, je pense que vous ne serez pas déçu)

    Dave

    • 25 février 2020 at 4:38

    Ambiance ambiance. Un début prometteur…

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